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Editorial:

L?’édito se fait toujours all’improvviso. Pourquoi ne pas m’inspirer – en zigzaguant – du sommaire ci-contre ?

Est-ce qu’elles l’appellent Bác H?, « Oncle Hô » ? Pourquoi tant d’images montrent-elles Hô Chi Minh entouré de petites filles ? Ma question n’est pas convenable. Je ne parlerai pas d’Hô Chi Minh.

Mémoire et histoire sont deux sœurs chamailleuses. Aujourd’hui, le CAFI de Sainte-Livrade-sur-Lot est livré aux promoteurs immobiliers. Une certaine histoire veut oublier cette scorie de la politique coloniale, mais la mémoire reste vive chez celles et ceux qui y ont vécu.

Dans l’indispensable Connaissance du Vi?t-nam de Huard et Durand, les dernières lignes concernant « l’enterrement » disent ceci : « L’exhumation et la transplantation du corps dans une autre sépulture a lieu trois ou quatre ans plus tard. Elle se fait dans un cercueil de terre cuite sans couvercle où les ossements sont recouverts par du papier rouge. Le cérémonial est beaucoup plus simple que celui de l’enterrement initial (1). » La cérémonie s’appelle ?ám c?t m?. Elle se pratique encore.

« Des souvenirs de ma vie littéraire, les plus doux, les plus profonds, les plus vivaces sont peut-être ceux que je conserve du premier séjour que j’ai fait à Huê, la capitale nostalgique », écrivait Ph?m Qu?nh (2).
La ville semble avoir toujours autant d’effet sur ses visiteurs.

Un paragraphe dans un roman de Pham Van Ky :
« Sur la mer de Chine, le Nicolas-Cézar doublait ou croisait des ghe-no du golfe de Siam avec leurs voiles au tiers de sardiniers bretons, des barques cochinchinoises aux voiles de goélettes, des pirogues malaises à balanciers, des sampans de Tourane – cousins germains des nefs sculptées sur le sanctuaire bouddhique de Boroboudour – des bune ou bateaux couverts du japon construits sur le modèle hollandais du schooner et, par centaines, des jonques chinoises reconnaissables à leurs poupes carrées, très hautes sur l’eau, et surtout à leurs voiles lattées, uniques au monde (3). »
Comment s’y retrouver dans de telles flottilles ?

Albert Londres se trouve à battre la campagne avec M. Monguillot, résident supérieur du Tonkin. Ils arrivent à une école et un enfant « dont on n’aurait pu dire lequel était le plus grand de lui ou de son crayon » se plante « devant le chef blanc ». Et le gamin de déclamer « d’une voix de typhon » : « – Mon-sieur le ré-si-dent su-pé-rieur. Vous nous donnez l’ins-tru-que-tion. Mé-re-ci. Nous étudierons bien, d’abord pour ré-com-penser la Fre-ance (France) pro-tec-te-trice, ensuite par-ce que nous avons beaucoup dé-sir de sa-voir, etc. (4) »
Les vertus de cette éducation, Nguyên Van Nho les rapporte dans ses Souvenirs d’un étudiant.

Mon propos ne mène nulle part ? Soit, mais ce n’est pas une impasse. Cahin-caha, nous poursuivons. C’est cahoteux, ce n’est pas le chaos. Nous trébuchons, nous achoppons. Notre pas est irrégulier mais il nous porte encore. Rendez-vous plus avant.

Philippe Dumont

 

Carnets du Viêt nam n°19

Sommaire

p 2 : Forum

p 3 : Editorial

p 4 : Infos Actualités
par Dominique Foulon et Duong Tuong

?Manifestations des catholiques de Ha noi
?Sous la conduite de leur hiérarchie, les catholiques de Hanoi, ont soutenu un bras de fer avec les autorités de la ville à propos de terrains publics réclamés maintenant par l’Église.
?Polémique autour d’un plaque
?Certains Vietnamiens de France, issus des milieux de réfugiés anti-communistes ont souhaité la pose d’une plaque commémorative dans un square du 13e
arrondissement de Paris à la mémoire de Tran Van Ba
?Disparitions
Son Nam - ?Gil Chaubon-Cévran
?Homosexualité : les territoires interdits
?Bui Anh Tan fut le premier auteur a osé aborder le sujet tabou des homosexuel(le)s au Viêt Nam. Depuis dix ans, c’est lui qui a pu donner une voix aux gays et aux lesbiennes de ce pays où l’effet conjugué de la morale confucéenne et d’une pudibonderie toute stalinienne a mis très longtemps les homosexuel/les au ban de la société
?Le chagrin de la guerre bientôt à l’écran
?Publié en 1990, Le Chagrin de la guerre de Bao Ninh a connu un succès phénoménal tant au Viêt Nam, où il a reçu le prix de l’Association des écrivains, qu’à l’étranger. L’auteur (né en 1952) et qui fut militaire de 1969 à 1975 dans l’armée populaire vietnamienne racontait, non seulement ses années de guerre, mais surtout son désarroi une fois de retour à la vie civile hanté à jamais qu’il était par les souvenirs de ces années terribles.
En Bref

p 8 : ?Une presse sous pression
. Comment faire du journalisme
au Viêt Nam

par ?Hervé Lisandre

6?2e au classement de Reporters sans frontières. Selon l’association de défense des journalistes, le Viêt Nam bafoue la liberté de la presse. Avec l’arrestation d’une dizaine de bloggeurs en 2007, et celle, en avril dernier, de deux journalistes vietnamiens et d’un journaliste américain d’origine vietnamienne pour « abus de pouvoir » (en réalité, une enquête sur une affaire de corruption), le pays compte parmi les dix pires États au monde.

p 10 : ?Hô Chi Minh,
des images à l’icône
par Pierre Brocheux

D?epuis plusieurs décennies, les Vietnamiens vivent entourés d’images de H? Chí Minh, sur papier et sur pellicule, gravées dans le bois ou la pierre, fondues dans le métal, quand ce n’est pas un comédien de chair et d’os qui incarne H? sur scène. Les visiteurs étrangers s’étonnent devant cette ubiquité multiforme des représentations du « Père de la nation ». Celles-ci sont-elles le produit d’un mouvement spontané ou l’application d’une volonté politique ? L’accoutumance des Vietnamiens est-elle le fruit de la routine ou s’explique-t-elle par une familiarité profonde voire intime ? Ces questions nous conduisent à en chercher les réponses dans le cheminement iconographique de « l’Oncle Hô » tout en y discernant les fonctions successives ou simultanées et leurs métamorphoses mais aussi les éventuels glissements ou dérives de sens.

p 14 : ?Vietnam-sur-Lot ou le camp des oubliés
par Jeannette Ullman

?Née en 1937 à Haiphong d’un père français et d’une mère vietnamienne Jeannette Ulmann raconte sa vie (1) dans la colonie indochinoise jusqu’à son arrivée en France en 1961 quand il lui faut refaire sa vie avec ses enfants. Elle retrouve sa mère et ses frère et sœur au CARI de Sainte-Livrade-sur-Lot, le camp d’accueil des réfugiés indochinois.

 

p 18 : ?D’est en ouest:  ?Haiphong en Brest
par Ch. Delaunay photos : F. Coiffard et N. Roudaut

U?ne jonque de 17 m, trois pirogues de 12 m, quatre barques en palmier et trois en bambou ont été construites et sont parties d’Haiphong le 25 mai dernier spécialement pour Brest 2008 : quelle flottille !…

p 20 : ?Sur un air de Saïgon
par Régis Arrighi

saigon

p24 : La pause
par Gérald Gorridge

pause

p 26 :?Cérémonie de transfert des ossements.
par Daniel Frydman

hanoi

p32 ?Un certain regard sur Huê
par Ha Vinh Phuong

?Du pays de mes aïeux
La royale cité de Huê, au nom d’un seul vocable claquant comme un appel au vent de l’Histoire de mon pays, évoque facilement de nostalgiques réminiscences aux gens issus de là ou y ayant vécu assez longtemps, tels ceux de ma génération.

p 34 : Huê méconnue
parVu Hông Nam

?Site historique reconnu par l’UNESCO, Huê est incontournable.
Mais il est bon d’échapper aux sentiers battus de la Cité et au sillage des bâteaux-dragons pour découvrir quelques endroits moins courus..

p36 : ?Les jonques vietnamiennes
Une remarquable diversité
par Nguyên Xyuan Hùng

?Des barques gravées sur les tambours de bronze de ?ông S?n aux pittoresques bateaux-paniers, des batailles victorieuses sur les armadas chinoises livrées par les jonques légères à l’embouchure du fleuve B?ch ??ng, aux pacifiques yeux peints des bateaux de pêche ou de transport d’aujourd’hui, l’histoire du Viêt Nam est étroitement liée à celle de ses bateaux qui font la synthèse des techniques et traditions marines allant de la Corne d’Afrique jusqu’au Nord de la Chine, passant par l’Inde et l’Océanie.

p 39 : ?Lê ??t et l’ombre du vocables
par Duong Tuong 

S?ais-tu, la nuit dernière, j’ai rêvé de Lê D?t. C’est bien un cadeau de la vie de faire la connaissance d’hommes comme lui. Et je me remémore sa réponse à une question impromptue que je lui ai posée : – Quel est votre poème préféré? – Apparition de Mallarmé (et après quelques secondes)… pour contrebalancer ma disparition… » Ainsi m’écrit Chánh Mouniama deux jours après la disparition de notre ami, le poète Lê ??t.

p 40 : ?En lisant, en étudiant
les Souvenirs d’un étudiant
de Nguyên Van Nho
par Henri Copin
Le livre de Nguyên Van Nho, Souvenirs d’un étudiant (1), est considéré comme le premier ouvrage littéraire rédigé en français par un auteur vietnamien, ou plutôt annamite, comme on disait alors. Publié en 1920, à Hanoï, par la Revue Indochinoise, il se présente sous la forme d’un assez mince volume (47 pages), au format in-8°, sous une couverture élégante et dépouillée, caractères rouges sur fond ivoire. Un avant-propos d’Eugène Pujarniscle le précède, et des dessins de Nam Son l’illustrent.

 

p 41 : Livres
par
Dominique Foulon et Philippe Dumont

?Le Choix de Hai
Chinh Tri vol 2

texte de
Clément Baloup
dessins de
Mathieu Jiro
Seuil, 2007, 96 p. 18  €

?Petite histoire de la voiture piégée
par Mike Davis
La Découverte, « Zones », 2007
250 p. 15 €
 

??La vie s’estompe, je demeure
textes de
Dominique Rolland
d’après
L’Espace s’Efface
de Cécile Léna
Elytis (Bordeaux), 2008 70 p. 10 €

?Le Cormoran du grand fleuve Bleu
roman de Philippe Franchini
Plon, 2008 345 p. 22  €

?Indochine… Une passion jamais éteinte
autobiographie
de Jeannette Ulmann
Éditions Elzévir, 208 p. 16,90 € 12 €

?Autorités et entreprises suisses
face à la guerre du Viêt Nam 1960-1975
David Gaffino
Editions Alphil Neuchâtel 35 CHF

 

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