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Editorial :

 Comment écrire
un dernier édito ?

Ce numéro 38 qui, au mieux devait sortir en octobre, devait se placer sous l'intitulé : Quel Viêt Nam aime-t-on ? Ces derniers mois en effet l'actualité vietnamienne s'est invitée dans les médias français : que ce soit la visite du premier ministre Nguyễn Tấn Dũng, la mort du général Giap ou les multiples événements liés à l'année croisée France - Viêt Nam. À chaque fois le pays qui était décrit correspondait certes à la réalité, mais une réalité un peu désincarnée, un peu lointaine parfois.

Bien sûr, chacun(e) a « son » Viêt Nam. Le « mien » ce serait celui de madame Lê Hiền Đức ou de madame Lê Thi Ba (voir p. 4). Toutes deux se situent, sans remonter jusqu'aux sœurs Trung, dans la continuité de ces femmes qui autrefois combattirent l'injustice dans les maquis et les bagnes. Avec persévérance et opiniâtreté, elles avancent sur une voie qui leur paraît juste et représentent, à mon sens, le meilleur du Viêt Nam.
Ce numéro 38 aurait donc eu toutes les chances de sortir en octobre si notre équipe, déjà bien réduite, n'avait eu à subir une véritable malédiction digne de La Malédiction des sept Félicités (voir page 30) ou des Sept Boules de cristal. Nous ne pensons pas avoir attenté aux mânes des empereurs Minh Mang ou Tu Duc mais force est de constater que, comme dans l'album d'Hergé, des problèmes de santé plus ou moins sérieux ont affecté plusieurs d'entre nous. Sachant que le travail de mon ami et vieux complice Philippe Dumont est essentiel pour la revue, son indisponibilité, hélas prolongée, explique non seulement le retard pris dans la confection de ce numéro mais pose aussi la question de la pérennité de la revue, tout au moins sous cette forme : une revue papier, quadri et trimestrielle. En effet, les diverses hausses de prix, de TVA… qui grignotent nos ressources restées fragiles depuis le début de notre entreprise sont un autre aspect du problème. Ces deux éléments additionnés amènent à la conclusion qu'il nous faut renoncer à l'édition imprimée des Carnets du Viêt Nam. À notre niveau nous sommes aussi confrontés au problème central que connait la presse papier en général. Grâce à Internet jamais l'information n'a autant été disponible, information souvent de qualité et gratuite. Ce tournant de société touche toutes les publications et même si l'attachement à l'objet livre ou revue reste important il n'est plus l'unique vecteur entre un lecteur et un chroniqueur. C'est pourquoi, comme déjà évoqué dans l'édito du n° 36, nous allons essayer de poursuivre les Carnets sous une autre forme via Internet avec une revue téléchargeable en format pdf. La mise en page restera quasiment la même mais nous ne serons plus prisonniers d'un format de 48 pages et d'une périodicité trimestrielle. Il est alors possible d'envisager une publication plus souple en termes de pagination et de délai de publication. Ce serait aussi un avantage en ce qui concerne l'actualité toujours très difficile à suivre au rythme trimestriel. Enfin ce genre de publication serait gratuit et son audience pourrait être multipliée.
Nous espérons toujours que comme auparavant de multiples auteurs nous confieront leurs textes et réflexions, leurs dessins et photos. Et, à nouveau, nous faisons appel aux bonnes volontés pour les traductions d'articles en vietnamien ou en anglais, l'essentiel de l'actualité étant dans ces deux langues.
Nous pourrons alors perpétuer ce que Philippe Dumont écrivait dans l'édito du n° 1 « Pour nous exprimer, nous avons choisi de rester clairvoyants et à l'écoute du présent. […]. L'éventail des contributions, la diversité des approches, la différence des regards sont les garants de notre indépendance. »

Dominique Foulon

Carnets du Viêt nam n°38

janvier 2014

Sommaire

p 2

Forum

Trois ateliers nomades en bande dessinée et une exposition ont eu lieu à Hanoï en novembre 2012, avril 2013 et novembre 2013. Cette manifestation fut organisée dans le cadre de l'Année France-Vietnam - Năm Viêt Nam Pháp 2013-2014


p 3
Editorial

Comment écrire un dernier édito ?
par Dominique Foulon


p 4 à 6

Actualité
par Dominique Foulon et Thi Minh Trang Ho
Symbole du refus de la corruption : bà* Lê Hiên Duc

Voici déjà longtemps, en lisant de nombreux articles à propos d'expropriations forcées, et de scandales liés à la corruption, que le nom de madame Lê Hiên Duc m'était devenu familier.
Sa renommée a dépassé les frontières du Viêt Nam comme en témoigne le prix qui lui a été accordé en 2007 par l'ONG Transparency International pour son action contre la corruption et les expropriations. Depuis des années, des appels incessants à « lutter contre la corruption » sont lancés, mais au-delà des quelques cas célèbres ou de quelques lampistes le problème perdure. Il n'est donc pas inutile d'entendre ceux et celles qui depuis des années tentent d'enrayer ce système. Cet été, la veille de mon retour, il m'a été possible de la rencontrer dans son logement situé dans une ruelle d'un quartier périphérique de Hanoi. .../... L'entretien prévu pour une heure a duré trois fois plus longtemps.

Lê Hiên Duc

p 7
Vo Nguyên Giap
Histoire simple


p 8/9
Expulsions foncières (suite)
Peine capitale
McDo arrive
Policiers accusés "Piège de la vie"*

L'affaire des deux sœurs Trần Ha est certes un fait divers fameux mais il est aussi le reflet d'une époque.


p 10
Explosion de colère ouvrière
Décès de l'historien Dào Hùng
Peine de mort tous azimuts
Où vont ces jeunes diplômés ?


p 11 à 13
Adieu au Cafi de Sainte-Livrade
Texte et photos de François Trieu

p14/15
Questions (avec ou sans réponses…)

par Joël Luguern Photos : Jean Cabane
Un grand panneau publicitaire pour l'école maternelle « Sky Line » se dresse en bordure de ce vaste rond-point du sud de la ville, que domine, un peu en retrait, le Solar Hotel. Un concessionnaire Chevrolet, dont la salle d'exposition donne sur ce carrefour fréquenté,

p 16 à 18
Le crédit informel au Viêt Nam : un « mal » nécessaire ?

Cet article interroge les transformations du marché du crédit vietnamien depuis le lancement des réformes macroéconomiques du Renouveau en 1986 et, au-delà, sa coexistence avec la finance informelle. Malgré le développement rapide de la finance formelle depuis une vingtaine d'années, force est de constater que les prêts informels persistent en dépit des efforts déployés par le gouvernement, comme par des institutions publiques et privées de crédit et des organisations de micro-finance visant à diminuer leur part dans le volume total des opérations. Effectuées dans un cadre institutionnellement dérégulé, les transactions informelles de crédit continuent de jouir d'une grande popularité au sein des ménages ruraux en province aussi bien que dans le milieu saïgonnais de la prostitution que j'ai étudiés. Cet article propose des éléments d'explication visant à comprendre la persistance des prêts à haut intérêt et, plus largement, leur fonction vitale aujourd'hui au Viêt Nam, en dépit de la disqualification qui pèse sur l'usure.

p 19
Adieu l'ami ! En mémoire de Philippe Langlet (1935-2013)
par Pierre Brocheux
L 'historien Philippe Langlet nous a quittés en juin dernier alors que son dernier ouvrage était sous presse. La France et le Viêt Nam perdent un de leurs meilleurs historiens et nous perdons un collègue exemplaire.


p 20 à 23

Traces
par Jean Cabane Peintre et photographe

p 24
Le coin du Fantôme :
Chacun sa nuit
par Gérald Gorridge


p 26 à 28
La représentation de Kim Vân Kiêu dans l'imagerie populaire (fin)
par Jean-Pierre Pascal
Kiêu ayant raconté à Tu Hai sa lamentable histoire, celui-ci est pris d'un accès de colère et envoie des troupes pour ramener à sa capitale tous les protagonistes. Il organise alors une séance officielle de jugement où Kiêu aura tous pouvoirs pour manifester sa reconnaissance ou exercer sa vengeance. L'image montre Kiêu et Tu assis sous la tente dressée au milieu du camp.

p29  
Un Poète
Nouvelle de Louis Raymond

p 31 à 33  
Avec Amica Travel sur la route des photographes

par Dominique Foulon Texte et photos
Au départ ces quelques pages devaient se placer dans la rubrique Publi-reportage avec notre partenaire Amica Travel. Il convient mieux cependant de les mettre dans « Découverte » dans la mesure où le circuit proposé est une sorte de révélation. Amica travel arrive, avec bonheur, à étonner le voyageur qui après bien des pérégrinations depuis vingt ans avait (sans être blasé) cru tout voir.

p 34 à 37
L'adieu aux colonies
par Arnaud Le Brusq
Édifié à la porte Dorée à Paris pour l'exposition coloniale internationale de 1931, le bâtiment qui abrite aujourd'hui la Cité nationale de l'histoire de l'immigration avait primitivement pour fonction d'être le musée des Colonies. Renommé musée de la France d'outre-mer, il fut jugé obsolète dans les années soixante et devint alors par la volonté de Malraux le musée des Arts d'Afrique et d'Océanie ; jusqu'à ce que la création du musée du quai Branly le vide à son tour de ses collections. Quoiqu'en grande partie déserté, le monument conserve encore les traces de son rôle premier ; autant d'images coloniales, fuyantes, réelles ou imaginaires, qu'Arnauld Le Brusq a su saisir et qu'il noue en une tresse mémorielle mêlant autant d'artistes que d'écrivains

p 38 à 41
Hô Xuân Huong , la traduction comme exercice d'admiration
par Philippe Dumont
Quoi qu'il en soit de la réalité historique de Hô Xuân Huong, retenons que, dans le contexte politique instable qui caractérise la fin de la dynastie des Lê, les lettrés font de la poésie une échappatoire. Après la révolte des Tây Son, Nguyên Huê règne sous le nom de Quang Trung mais peu après Nguyên Phuc Anh, l'empereur Gia Long, instaure une nouvelle dynastie. Ces troubles incessants et toutes ces guerres ont fait éclater les cadres sociaux, moraux et politiques. Fantasme destiné à n'être qu'un prête-nom ou femme de chair amante de Nguyên Du, Hô Xuân Huong, comme ses amis, assiste à une totale remise en cause de l'ordre ancien.


p 41
Page oubliée : "Un baiser de Paris"
de Pham Van Ky

p 43
Petites folies littéraires
par Philippe Dumont
Henry Lasvigne a-t-il retenu l'attention d'André Blavier : mérite-t-il le titre de fou littéraire ? Toujours est-il que cet inénarrable personnage – dont je ne sais rien sinon qu'il résidait à Hanoi à la charnière des années vingt et trente du siècle dernier – est l'auteur d'une plaquette publiée par l'Imprimerie d'Extrême-Orient en décembre 1926 et intitulée Des météores sur Hanoi.

p 44
Livres

Pierer Brocheux et Philippe Dumont

  • L'Indochine sous Vichy. Entre Révolution nationale, collaboration et identités nationales. 1940-1945,
    de Sébastien Verney, Paris, Riveneuve éditions 2012,
    481 pages, 26 €
  • Trois Nuage au pays des nénuphars
    autobiographie de Nuage Rose Société des écrivains, 2012
  • Les Cœurs impuissants
    roman de Valérie Hanotel
    L'Archipel, 2013 240 pages, 18,95 €

Voix de femmes, voix d'exil :


Article faisant la synthèse des ouvrages ci-dessous

  • CLAIR DE LUNE, D'UN CIEL À L'AUTRE Itinéraire d'une Vietnamienne au gré de l'Histoire Alain Gagnieux, Tran Nguyêt Anh l'Harmattan 204 pages • 20 €
  • Man
  • Kim Thuy
  • Eds Liana Levi 14,60 €
  • Printemps inachevé
  • Ly Thu Ho
  • Eds De La Fremillerie 14€
  • Partition silencieuse
  • Ea Sola
  • Buchet-Chastel 18 €
  • La mémoire est une autre rive , Femmes de la diaspora vietnamienne
  • Nathalie N'guyen
  • Riveneuve 20 €

 

  • L'institution de la littérature vietnamienne francophone
  • Pham Van Quang
  • Publibook 24 €
 
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